L’Afrique à l’heure du digital accélère son développement

- - Laisser un commentaire

L’Afrique abrite actuellement 5 des 12 pays les plus prospères du monde et constitue un gigantesque appel d’air notamment digital… « Le plus grand réservoir de main d’œuvre et de consommateurs du monde » notait le Sénat français dans un rapport sur l’Afrique publié fin 2013.

L’Afrique tend vers une transformation structurelle de taille et bascule depuis quelques années d’une économique d’exportation vers une économie de consommation. La croissance y est pour beaucoup : le continent subsaharien bénéficie de la croissance la plus forte depuis 15 ans (+379%).Taux de croissance afrique

En Afrique Australe et Centrale, la croissance est positivement soutenue en 2014 avec respectivement un taux moyen estimé à 5 et 6,2% et le rythme s’accélère compte tenu des performances favorables des pays tels que le Kenya, le Botswana, le Gabon ou encore le Cameroun. Le dynamisme des secteurs non pétroliers, le rôle des économies minières et des investissements dans les infrastructures lourdes font également office de locomotive.

La région australe accueille même, et sans surprise pour certains pays, le taux le plus important des flux entrants d’IDE[1] du continent subsaharien (l’Afrique du Sud et le Mozambique avec respectivement 6,4 milliards USD et 4,7 milliards USD).

L’Afrique de l’Est, longtemps désignée comme la région la plus «prometteuse » pour la croissance continentale n’est pas en reste. Avec un taux de croissance moyen établi en 2014 à 6%, les pays de l’Est peuvent recueillir les fruits de l’amélioration des performances de l’agriculture, du secteur minier, du tourisme et de l’industrie notamment.

A l’horizon 2020, il semble, d’après divers économistes spécialistes du continent, que la relève économique sera prise par l’Afrique de l’Ouest qui enregistre en 2014 et sur le début 2015 le taux de croissance le plus rapide avec 7% contre 4,8% en moyenne pour le continent. L’Afrique renforce ainsi son image de terre d’opportunité…

Certes la croissance n’est pas synonyme de développement, mais les indicateurs de ce dernier évoluent en ce sens : fin des années 90, 58% de la population africaine vivait sous le seuil de pauvreté (1.25$/jour) contre 45% d’entre elle aujourd’hui.

Autre fait marquant, les apports financiers extérieurs (dons, crédits, et investissements) augmentent de manière croissante depuis 2000 (multiplié par 4 en 15 ans) dépassant 200 milliards USD aujourd’hui.

Les perspectives économiques sur le continent subsaharien ont de bons jours devant elles, notamment grâce à l’apparition et la percée de secteurs innovants et prometteurs.

En 2014, la téléphonie mobile[2], le commerce en ligne (dont les perspectives de ventes au détail dans les principales économies africaines pourraient atteindre 10% d’ici 2025) et les énergies renouvelables décentralisées en font partie.

Au-delà des secteurs innovants, l’Afrique subsaharienne passe également le cap des innovations digitales notamment en matière de réseaux sociaux qui explosent en Afrique à l’instar de Facebook avec près de 110 millions de comptes et plus de 60 millions d’utilisateurs quotidiens estimés en juillet 2015.

En 2013, la part de marché occupée par le géant américain en Afrique était comparable à celles des marchés de Mexico (49 millions d’utilisateurs) et d’Indonésie (47 millions d’utilisateurs). Aujourd’hui la part de marché africaine est supérieure à celle du Brésil et comparable à celle de l’Inde.

Le réseau social Facebook créé il y a maintenant 11 ans par M. Zuckerberg, dénombre aujourd’hui plus d’1.4 milliard d’utilisateurs dont près de 8% rien qu’en Afrique.

Arrivé en flèche dès 2009 sur le continent, le réseau social a d’abord séduit les mégalopoles et leurs poumons économiques de développement majeurs à l’instar de l’Egypte, pionnier africain et 20ème mondial avec plus de 13 millions d’utilisateurs fin 2012 soit autant qu’en Australie ou au Japon…

A la suite du classement, se retrouve aujourd’hui le Nigéria avec 8,9 millions d’utilisateurs connectés par jour puis l’Afrique du sud avec 7,1 millions. L’Angola et la Tanzanie ferment le classement du Top 10 avec respectivement 1,7 et 1,5 millions d’utilisateurs connectés quotidiennement.

Pénétration de facebook en afrique

Twitter en Afrique : Second acteur mais loin derrière…

En termes de part de marché, Twitter est le deuxième réseau social implanté sur le continent grâce notamment aux pays anglophones plus friands du réseau social bleu, avec en tête de podium en 2013, le Ghana avec plus de 200.000 abonnés, suivi au coude à coude par le Kenya et l’Egypte avec près de 110.000 abonnés chacun.

Il serait logique de penser que compte tenu de l’enjambement technologique notamment numérique que connait l’Afrique subsaharienne, les perspectives d’évolution des réseaux sociaux internationaux leaders sont encore très grandes. Pourtant, l’arrivée de nouvelles alternatives locales bousculent l’échiquier traditionnel et séduisent de plus en plus d’africains.

Prononcez réseau social au Kenya… et on vous répondra « Ushahidi » ou Mxit !

Si on pense naturellement à Facebook, Twitter, Badoo ou Twoo[3], le continent africain n’a rien à envier à ces géants. La cartographie suivante recense quelques-unes des plateformes locales les plus utilisées à travers le continent.

Ces réseaux « nouvelle génération » gagnent du terrain parce qu’elles s’adaptent, sont plus souples et innovants pour l’utilisateur.

Outre les réseaux communautaires de rencontres à l’instar d’Eskimi ou Bandeka (Ghana et Nigéria), se répandent également les initiatives visant à créer du lien et des projets dans les secteurs liés à l’éducation, la santé ou la religion (Yookos).

Alternatives africaines en termes de réseaux sociaux

L’une des plus belles illustrations est sud-africaine et s’appelle MXit, revendiquant déjà plus de 10 millions d’abonnés dans le pays. Ici, et pour la première fois, le nouveau-né local dépasse le leader international !

Comme l’explique Cédric Kalonji, consultant et journaliste congolais : « au départ, Mxit c’était un simple chat, c’est devenu un réseau social sur lequel ont lieu des campagnes officielles sur la contraception ou le permis de conduire. Il sert aussi de portefeuille : on achète des crédits sur le site qu’on réutilise dans les magasins en payant via son téléphone portable ».

Ainsi, les réseaux sociaux « made in Africa » deviennent de précieux et puissants outils de communication et de développement (mise en relation de commerçants et d’e-commerçants, partage d’expériences). En témoigne la successstory de l’outil Ushahidi, outil de cartographie 2.0 répliqué partout et par tous.

Envolée des investissements financiers et nouveaux entrepreneurs du numérique

Les investissements dans les start-up africaines auraient plus que doublé en 2014. Le total des capitaux investis dans les principales start-up africaines s’élèverait à 26,9 millions USD en 2014, soit plus du double de l’année précédente (12 millions).

Sans pour autant disposer d’estimations financières fiables, les principaux investisseurs recensés sont : les incubateurs locaux et internationaux, les conglomérats technologiques internationaux issus de l’informatique, des télécoms et des nouvelles technologiques, les investisseurs (publics et privés), les fonds souverains et la philanthropie africaine.

Succès africains dans le numérique

Le montant consacré par les fortunes africaines est estimées à 7 milliards USD, citons notamment messieurs Motsepe, Ibrahim alias le « Bill Gates Africain », ou encore le plus médiatique Tony Elumelu avec ses œuvres philanthropiques.

Le montant moyen investi par entreprise est également passé de 130 000 USD en 2013 à 200 000 USD en 2014 soit plus de 53% de hausse en un an. Le pays champion engrangeant le plus de financements de start-up est le Nigéria, suivi de près par le Kenya nommé souvent « la Silicon Valley africaine », l’Afrique du Sud et le Ghana hébergeant l’un des plus grands et plus rayonnant incubateurs, MINT.

Les secteurs innovants tels que les nouvelles technologies et la santé récoltent le plus d’investissements notamment étrangers.

L’année dernière, plusieurs start-up ont enregistré d’importants succès. Parmi elles, BRCK qui a réussi à recueillir 1,2 millions USD de financement initial après avoir récolté un premier montant de 172 000 USD sur Kickstarter. La société BRCK (fondée par certains co-fondateurs de Ushaidi) a produit un dispositif Wifi auto-alimenté, conçu et prototypé au Kenya, qui établit une connexion Internet en s’appuyant sur tous les réseaux de connexion disponibles et qui est capable de survivre dans les environnements les plus rigoureux. Une mesure phare de développement pour les populations des régions et espaces les plus reculés du continent.

L’enseignement, l’éducation et la culture suivent également le pas …

Avec la start-up Obami, les réseaux sociaux savent aussi se développer et s’associer à d’autres tendances clés pour le développement africain : l’enseignement. Obami est en effet une plate-forme sociale d’apprentissage basée au Cap mettant en relation des enseignants, des élèves et des parents. Elle combine le concept de réseau social à celui de l’e-learning pour permettre aux écoles et aux organismes universitaires africains de partager leurs ressources et de se tenir informés des nouvelles tendances en matière d’éducation. Un concept intéressant compte tenu de l’enjeu fort auquel doit faire face le continent subsaharien : l’enseignement supérieur universitaire.

[1] Investissements directs à l’étranger
[2] Etude du cabinet Infhotep de mars 2015 intitulée « Télécommunications en Afrique : La partie ne fait que commencer »
[3] Twoo : Site de rencontres international d’origine belge créé en mars 2011

Accéder à l’étude au format pdf : L’Afrique à l’heure du digital accélère son développement – Septembre 2015


Auteurs :
Olivier Bertrand – Associé
Daoya Hakmi – Consultante

Cette entrée a été publiée dans Afrique, Internet & Digital le par .

À propos Olivier Bertrand

Olivier Bertrand, associé, est en charge de l’activité Business Consulting et de la pratique conseil en stratégie au sein du cabinet Infhotep. Après 10 ans passés dans le conseil auprès des directions générales et opérationnelles, notamment autour des problématiques de pilotage de la performance et de l’aide à la décision, il a rejoint le cabinet Infhotep en 2004. A ce titre, il accompagne aujourd’hui des directions générales et leurs directeurs de grands groupes et de ETI, dans leur transformation.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *