Libérez la formation !

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Pas la peine de chercher, il n’y a plus d’abris anti-numériques. Pourtant, la formation tarde à se digitaliser. En 2016, 9 salariés sur 10 se formaient encore en salle, en groupe, avec un formateur [1]. Si d’un côté l’explosion de l’offre technologique et la profonde transformation des métiers et des organisations plaide en faveur d’une formation plus digitale, le souvenir encore prégnant d’un e-learning trop souvent déshumanisant freine largement la dynamique. Alors comment faire pour moderniser la formation sans qu’elle y perde son âme ? Quelles sont les pratiques sur lesquelles investir ?

La formation ubérisée

Fini le temps du catalogue de formation figé et exclusif, fini l’élaboration trop verticale du plan de formation et peut-être même le plan de formation tout court… place à l’ouverture, à l’agilité et à la co-construction. Si contrairement aux chauffeurs de taxi les responsables de la formation ne vont pas allez brûler les supports pédagogiques dans la rue, ils ont pleinement conscience de l’ubérisation de leur fonction. Les apprenants accèdent de plus en plus directement en toute autonomie au savoir.

Les sources d’apprentissage se démocratisent et les nouveaux usages qui en découlent sont de plus en plus difficiles à tracer. Les salariés s’inscrivent pour suivre des MOOCs, consultent des forums, regardent des tutoriels sur Youtube ou écoute un podcast pour développer leurs compétences souvent sans que leur employeur n’en sache quoi que ce soit.

Parallèlement, l’apprentissage informel se développe et est cité comme l’une des conséquences principales de la réforme de la formation professionnelle [1]. Là encore, la direction de la formation est mise au défi de coordonner et de développer ces pratiques, souvent spontanées. Dans la même veine et à l’âge de la multitude et des réseaux sociaux numériques qui connectent les salariés à travers le monde, le crowdlearning ou « apprentissage par la foule » est de mise. Les apprentissages mutuels  s’auto-organisent ainsi, souvent autour de problèmes opérationnels et de besoins de conseil immédiats.

La formation hackée

Si les sources d’apprentissage se démultiplient, les modalités sont au moins aussi foisonnantes, particulièrement en termes de technologies. Le développement des learning labs est illustratif de cette tendance [2]. Ces lieux d’expérimentation font émerger de nouveaux usages des outils qui ne sont pas toujours évidents.

Ainsi,  les solutions de réalité augmentée permettent à des techniciens ascensoristes de visualiser en temps réel et en surimpression sur leur tablette des modes opératoires et des informations techniques sur l’appareil qu’ils sont en train de dépanner [3]. Influences directes : baisse des temps d’intervention, réduction des erreurs de diagnostics, autonomisation de techniciens non experts. En un mot, un impact directs sur la performance.

Ce portage de la formation sur le terrain est l’une des conséquences évidente de la généralisation des terminaux mobiles. Avec une croissance annuelle de 18,2% par an depuis 2010 [4], le mobile learning est une tendance de fond de l’évolution des modalités de formation.

La formation algorithmisée

Comment parler des bonnes pratiques digitales en matière de formation sans creuser l’aspect data ! Les EdTEch fourmillent de mille idées sur le sujet. Leurs applications complètent et enrichissent votre traditionnel LCMS, premier pas vers la digitalisation de la formation. Au-delà d’application directement positionnée sur l’analyse des données pure (learning analytics) qui occupent beaucoup d’entre elles, d’autres choisissent des sujets plus originaux.

C’est le cas par exemple de Domoscio [5], startup française spécialiste de l’adaptive learning et qui vise à automatiser la prise en compte des profils des apprenants pour adapter leur parcours de formation, même en blended learning.

Dialoog [6] vous propose un algorithme qui va analyser en masse les commentaires des formulaires d’évaluation à chaud ou à froid. Vous pouvez ainsi affiner vos décisions sur les évolutions à donner au format ou au contenu d’un stage, une modalité d’animation, etc.

Enfin, derniers arrivés sur le ring digital, les agents conversationnels ou chatterbots. Ces programmes répondent à vos questions saisies en langage naturel dans une boite de dialogue, ou directement via une interface vocale. Ainsi, vous posez votre question sur la base de connaissance et l’ordinateur vous rédige une réponse ad hoc. La startup doyoudreamup [7] est l’une de celle qui occupe ce segment.

La formation libérée !

Ainsi, les usages et les outils de la formation changent profondément avec la digitalisation, bougeant les lignes et le positionnement de la direction de la formation. Même après la réforme, cette dernière reste à la tête d’un budget formation souvent important. Pour réussir sa transformation, la formation doit se libérer de certaines pratiques devenues obsolètes ou automatisable et se recentrer sur les apprenants, les compétences et la pédagogie sur fond de technologie.

Elle est un véritable garant du lien social et par là-même occupera de plus en plus un rôle d’animateur de communauté de pratiques. Le Digital Learning Manager est à la fois un community manager et un geek. L’une des premières communautés sur laquelle focaliser l’effort est celle des formateurs internes. Cette animation sera légitimée et dynamisée par la capacité de la direction de la formation a développé son offre de conseil pédagogique, notamment via la capitalisation et la veille.

Cette veille implique l’ouverture sur des pratiques et des outils pédagogiques innovants en se gardant bien de succomber aux effets de modes, pourtant souvent séduisants et en se focalisant sur les enjeux et la culture d’apprentissage de l’entreprise.

Ainsi, les flux d’apprentissage sont à la fois densifiés, diversifiés et mis en cohérence avec les enjeux de compétences de l’écosystème de l’entreprise dans son ensemble.

 

Sources et références :

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