Rêver les pieds sur terre

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Ah, comme il est de bon ton de critiquer les flèches, les clochetons et autres gargouilles de Viollet-le-Duc sur nos monuments : Notre-Dame, la cathédrale d’Amiens, Pierrefonds, la Sainte-Chapelle… L’exposition de la Cité de l’Architecture a l’intelligence de ne pas rentrer dans la polémique, de savoir si oui ou non Viollet-le-Duc a été une plaie ou un miracle pour le patrimoine français. Au contraire, elle choisit de mettre en valeur l’imagination et la puissance de travail de cet architecte — manifestement un peu mégalomane (mais qui ne le serait pas, à la tête d’un chantier comme, au hasard, la restauration de Notre-Dame de Paris), rêveur aux pieds sur terre. Viollet-le-Duc considérait le gothique comme un organisme vivant, comme s’il avait continuer d’évoluer jusqu’au XIXe. C’était non seulement sa vision, mais aussi celle d’un siècle où fleurissait la littérature dite « gothique », où la Révolution française marquait encore le paysage (politique, mais aussi monumental) et où le rationalisme régnait en maître à penser. Et c’est tout le paradoxe, entre ce dessinateur, très proche du pouvoir, qui rêvait à façonner le monde selon sa vision (cf. le projet de rénovation du Mont-Blanc ou les dessins du Colisée) et son goût pour les sciences positives, Darwin en tête. Le résultat, c’est une somme considérable d’esquisses, d’études, d’objets, censés représenter le Moyen-Âge d’une façon somme toute très novatrice, bien que mythique. Là où Viollet-le-Duc peut surprendre aujourd’hui, c’est dans dans la volonté de transmettre un héritage, de documenter ses recherches, son travail et ce malgré la dimension parfois irréelle de ses projets.

A l’heure du numérique, de la société de l’image, plonger dans les méthodes de travail de cet artiste, est une bonne leçon d’humilité, voire une leçon de choses, tant la minutie et la volonté de documenter irrigue toute l’oeuvre de cet homme, « so XIXe » !

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